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Laurier – Culture du laurier

Fleurs d’un jaune blanchâtre ou herbacé, formant, sur de courts pédoncules, dont la base est munie de quelques petites bractées ou écailles, de petites ombelles dans les aisselles des feuilles. Elles sont dioïques et se composent d’un calice ou d’une corolle à quatre ou cinq divisions ovales, aiguës, concaves, droites; de huit à douze étamines a anthères adnées en haut des filets; celles du centre sont stériles, et portent deux glandes à leur base; enfin dans les fleurs femelles d’un style à stigmate, sur un ovaire qui devient un drupe que l’on nomme baie de laurier, de forme ovale, de couleur bleue noirâtre, et qui contient au milieu d’une couche de chair mince un noyau à une seule amande.

Arbre de 4 à 6 mètres d’élévation, dont la tige grisâtre devient verte en haut et se divise en branches et rameaux pressés contre elle, droits, souples, glabres et munis de feuilles alternes, à courts pétioles, lancéolées, ondulées aux bords, toujours d’un vert foncé, glabres et luisantes aux deux faces, fermes, coriaces et nervurées.

Tout le monde connaît l’odeur suave, aromatique et agréable des feuilles de laurier; les fruits ont la même odeur, ainsi que les autres parties de l’arbre; on ne se sert que des baies et des feuilles en médecine. Leur saveur est aromatique, chaude et très peu amère. En général les baies ont des qualités plus énergiques que les feuilles, et ont plus de propriétés. On trouve toujours les feuilles de laurier vertes, ce qui pourrait dispenser de les sécher. Cependant on les conserve souvent sèches, et à cet état elles perdent très peu de leurs propriétés; l’odeur même en est plus forte. On fait quelquefois sécher les baies, et on les trouve dans le commerce à cet état.

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Culture du laurier

Cet arbre, qui croît spontanément dans le midi de l’Europe, ne vient en France qu’au moyen de la culture. On ne doit donc pas s’étonner s’il devient plus beau et plus élevé dans les départements du midi que dans les autres, et s’il a besoin dans ceux du nord de quelques précautions contre les gelées, comme de l’abriter, de le couvrir de litière au pied et de paille en haut, ou même de le rentrer en orangerie; ces soins sont souvent nécessaires, même à Paris.

On le conserve mieux orienté au nord qu’en le plaçant au midi, au moins pour les jeunes pousses, car l’arbre vient mieux à l’exposition méridionale qu’à toute autre, lorsqu’il est appliqué contre une muraille et dans une terre légère, franche et substantielle. Pour le produire, on a recours aux graines tirées du midi et semées en pots que l’on rentre dans l’orangerie ou sous châssis; on tient fraîche la terre de ces pots, et on les met sur couche chaude au printemps. On peut aussi le multiplier de marcottes faites par incision comme celles des œillets, et que l’on débarrasse des feuilles dans la partie que l’on enterre. Enfin on peut replanter ses rejetons. En général le laurier demande des arrosements principalement pendant les chaleurs de l’été.




Le laurier montre ses fleurs aux mois de mars et d’avril, mais ses fruits mettent tout l’été à mûrir, et ne peuvent être récoltés qu’à l’automne. Quant à ses feuilles, on peut, comme je l’ai dit, se les procurer vertes en tout temps.

II y a trois espèces principales de laurier : je ne parlerai pas des autres, qui n’ont aucune utilité dans la cuisine, et dont le mérite est dans la fleur,à laquelle on attribue quelques vertus uniquement médicinales, telles que les deux espèces de laurier alexandrin et les deux espèces de lauréole. Les trois espèces auxquelles je m’arrête sont le laurier franc, le laurier royal et le laurier cerise.

Ce dernier n’a d’autre propriété culinaire que de donner au lait bouilli un goût d’amande. Il conserve sa verdure toute l’année; ou en forme des allées et des palissades dans les pays chauds, de la même manière que nous plantons la charmille. On le taille en ligne droite, et il produit un très bel effet. Dans les climats plus rigoureux on est obligé de le placer aux pieds des murs du midi, pour le garantir des fortes gelées, qui le font assez souvent périr; mais le pied repousse ordinairement au printemps suivant.

Comme cette plante est très vigoureuse, elle a bientôt repris toute sa force. Elle ne demande du reste aucun soin particulier que d’être houée dans les saisons ordinaires, et soutenue par quelques treillages ou petites perches attachées au mur. Quelques personnes l’empaillent pendant l’hiver; mais on peut se dispenser de ce soin. Elle se multiplie communément de ses rejetons, qu’on détache des vieux pieds, on de boutures qu’on laisse enraciner sur couche avant de les remettre en place. Elle se multiplierait également de graine; mais elle serait plus longtemps à se former.

culture laurier

Les deux autres espèces, le laurier franc et le laurier royal, dont les feuilles séchées entrent dans un grand nombre de ragoûts, croissent naturellement dans tous les pays chauds, et particulièrement sur les côtes maritimes exposées au soleil. Dans les climats tempérés on les multiplie de graine on de marcottes. Au premier cas ou sème cette graine en mars dans des caisses ou baquets remplis de terre douce mêlée avec du terreau, à la distance de trois pouces d’un grain à l’autre, et enterrés d’un doigt, qu’on recouvre d’un peu de terreau ou de crottin haché. Préalablement il est bon d’avoir mis à tremper cette graine dans de l’eau de fumier pendant quelques jours : elle lève plus tôt et plus sûrement. On place ces caisses en plein soleil au pied d’un mur, et on les arrose souvent. Quelquefois le plant est assez fort pour être replanté en place l’année suivante, soit dans des caisses, soit en pleine terre; mais le plus sûr est d’attendre la seconde année.

Pour multiplier le laurier de marcottes, on couche, sur la fin de mars, des branches des vieux pieds dans des mannequins, où ou les retient avec des crochets; elles prennent racine tout de suite, et on peut les sevrer au mois de septembre suivant : c’est la meilleure façon pour avoir des pieds plus tôt formés; mais cette plante pousse assez ordinairement beaucoup de rejetons du pied, qu’on sépare et qu’on replante pour en former d’autres, avec la seule attention de les arroser souvent la première année. A l’égard des vieux pieds, ils ne demandent d’autre culture que d’être labourés dans les saisons, et rapprochés de temps en temps lorsqu’ils s’écartent trop. Les branches qu’on ôte et qu’on laisse sécher servent aux différents usages auxquels cette plante est propre.




Préparations du laurier, doses.

Les feuilles de laurier sont plus employées dans l’art culinaire que dans la médecine, et peut-être même que leur fréquent usage comme assaisonnement est cause de cet abandon des médecins. C’est une remarque que j’ai déjà eu occasion de faire ailleurs : les moyens d’un usage commun dans l’économie domestique trouvent si peu de confiance chez les malades, que les médecins préfèrent, souvent avec raison, se priver de ressources précieuses plutôt que de recourir à des plantes auxquelles on a peu de confiance, parce qu’on les trouve chaque jour dans les aliments ou seulement dans les sauces. Cependant les feuilles de laurier sont quelquefois données en poudre à la dose de demi-gros à un gros, ou l’on fait des infusions avec huit ou dix de ces feuilles jusqu’à une demi-once par pinte d’eau , selon l’effet que l’on veut en obtenir. On peut se servir extérieurement de ces infusions pour faire des lotions, des lavements, des bains. Enfin avec les mêmes feuilles on peut, en les brûlant, faire des fumigations aromatiques d’une odeur très agréable; on applique encore la poudre sur la tête pour tuer les poux. On peut faire aussi des infusions avec les baies aux mêmes doses, mais le plus ordinairement on les fait entrer dans des préparations officinales, fort célèbres autrefois et très inconnues aujourd’hui. On en tire aussi, par la distillation, une huile volatile dont on introduit quatre à six gouttes dans une potion, ou que l’on fait prendre sur du sucre, ou enfin que l’on introduit dans l’oreille contre le tintement. On en exprime encore une autre sorte d’huile grasse, épaisse, que l’on fait entrer à la dose de demi-once à une once dans les lavements, ou que l’on applique, seule ou dans des linimens, sur les douleurs rhumatismales ou nerveuses.

fruit du laurier

Propriétés du laurier, usages.

Les qualités physiques du laurier sont tellement prononcées, qu’il serait surprenant s’il ne produisait pas des effets remarquables sur les tissus vivants. Introduit comme assaisonnement dans les aliments, indépendamment de la saveur aromatique qu’il leur communique, il leur donne la propriété de stimuler les organes de la digestion , ce qui rend cette fonction plus facile si elle a besoin d’être excitée. Employé comme médicament et à petite dose son action est la même; c’est un tonique légèrement stimulant. De cette manière il est stomachique, carminatif; il convient dans l’inappétence, les digestions laborieuses, les flatuosités dues à l’atonie des premières voies.
A trop forte dose il peut déterminer le vomissement, mais d’une manière fort incommode qu’il faut prendre pour un accident plutôt que pour un moyen thérapeutique. En tenant sa dose dans une mesure plus modérée en obtient, indépendamment de l’action tonique, une excitation qui, si elle se dirige sur les nerfs, produit l’effet des antispasmodiques fortifiants, si avantageux dans quelques cas d’hypocondrie, d’hystérie ou de paralysie. Si elle a lieu sur la peau, il en résulte un effet diaphonique favorable aux rhumatismes anciens; en agissant sur les reins elle soulage les malades que tourmentent des infiltrations aqueuses, atoniques, du tissu cellulaire; quand les poumons, faute d’une action vitale assez énergique, ne peuvent expulser les matières qui les embarrassent dans l’asthme humide des vieillards, le catarrhe pulmonaire chronique , etc., les préparations du laurier deviennent un expectorant utile; enfin il n’est pas moins avantageux comme emménagogue, quand il s’agit de relever le ton de la matrice dans la chlorose, l’aménorrhée. A l’extérieur, des lotions ou des injections de préparations de laurier ont remédié à des relâchements des organes génitaux; les applications de ces moyens ont contribué à résoudre des taches sanguines ou des ecchymoses sans inflammation, et des ulcères entretenus par l’atonie; enfin les lavements préparés avec le laurier ont diminué les coliques venteuses.